épisode 81

Commentant l'un de mes textes, François Geoffroy écrit :

      "ma grand-mserère était la désespérance incarnée". Cette phrase a une grande force narratrice. m’écrit François Geoffroy

      Pour se connaitre soi-même ne faut-il pas savoir d'où nous venons, nos parents mais aussi les parents de nos parents ? Ne sommes-nous pas nous-même l’aboutissement de ces générations successives dont le passé a été tellement perturbé par les évènements, les guerres, la misère..et autres ?


      Ta grand-mère me rappelle ma grand-mère paternelle qui disait parfois :

 

"Que la vie est donc âcre et le bonheur pointu!"

      Phrase qui m'a marquée par sa lourde charge représentant une vie essentiellement faite de frustrations.

      Elle mettait son bébé (mon père) dans le lit conjugal pour repousser les avances sexuelles certainement brutales de mon grand-père qu'elle ne supportait plus.


      Autre phrase que j'ai entendu de ma mère qui parlait de la naissance de mon père:

      "Ton père avait entendu son propre père dire violemment à sa femme de toutes façons, il (mon père) n'est que le résultat d'un accident de capote!"
      Comment imaginer que mon père, homme en devenir, pouvait se construire avec de telles traces laissées dans son très-fonds.


      La grand-mère paternelle était femme de ménage et avait les goûts de ses patronnes pour les belles choses bourgeoises, lingerie, vaisselle...etc Alors que mon grand-père avait quitté l'usine après avoir été marqué à l'encre rouge comme anarchiste.

      Il s'était mis à son compte comme ferblantier. Mon père racontait qu'il l'accompagnait dans ses tournées avec un âne et une carriole. Le grand-père, ouvrier qualifié d'usine était devenu réparateur de casseroles. Un trou au fond de la casserole et le grand-père soudait une pièce d'un sou pour le boucher.

      Travail de misère qui rapportait trois sous et pas la bonne paie de maitre ouvrier comme avant chez Scheider (dans le Creusot). Le couple se déchirait pour des désirs de vie opposés. La grand-mère voulait s'enrichir sou à sou alors que ses patronnes l'exploitaient et le grand-père avait choisi l'indépendance de l'artisan. Mon père racontait l'histoire de cette casserole réparée chez une petite grand-mère sans le sou. Au moment de payer, mon père , chargé de l’encaissement, dit à la vieille dame: "C'est cinq sous!" Son père le reprend et dit à la vieille "Mon gars se trompe, ce n'est que deux sous"


      En repartant, mon père interroge le sien en lui disant "mais tu sais bien qu'un gros trou comme ça c'est cinq sous!" Son père lui dit: "Oui mais pas pour elle, tu as vu où elle habite et comment elle est habillée? Pour une vieille comme ça, c'est 2 sous!"

 
Comment ne pas imaginer les querelles entre cet homme prêt à "donner" son travail si son client est trop pauvre et cette femme qui passe le chiffon sur l'argenterie de la bourgeoisie de La Charité sur Loire en rêvant de s'en acheter à l’identiquel?

François Geoffroy